Journal d'un Chauve

Calvitie et confiance en soi : Comment j'ai arrêté de me cacher

Par Fabien, 32 ans — Journal d'un Chauve

"Je portais une casquette même en intérieur. Jusqu'au jour où j'ai compris que je ne me cachais pas des autres… mais de moi-même."

Perdre ses cheveux, ce n'est pas qu'une question d'esthétique. C'est aussi perdre un peu de qui on croyait être. À 25 ans, quand j'ai commencé à remarquer que mes tempes reculaient, je ne l'ai dit à personne. Pas à mes potes, pas à ma famille, même pas à ma copine de l'époque.

J'ai juste commencé à… disparaître. Moins de photos, plus de casquettes, des excuses pour éviter la piscine. Comme si en ignorant le problème, il finirait par s'en aller tout seul.

Spoiler : il ne s'en va pas tout seul.

Les premiers signes : quand le déni s'installe

🪞 Le miroir ne ment jamais... mais on apprend à mentir au miroir

Au début, c'est subtil. On se dit que c'est juste une mauvaise coupe, un mauvais angle, une mauvaise lumière. On change de coiffeur trois fois en six mois. On essaie toutes les coiffures possibles pour camoufler.

Ma technique préférée ? Me coiffer le matin sous un éclairage ultra-faible, comme ça je ne voyais pas vraiment l'état de mes tempes. Ridicule, je sais. Mais c'est plus facile que d'affronter la réalité.

Ce que je n'osais pas dire à l'époque :

"J'avais peur que les gens me voient différemment. Pas juste physiquement, mais comme si perdre mes cheveux faisait de moi quelqu'un de moins désirable, moins dynamique, moins… jeune. J'avais 26 ans et je me sentais déjà vieux."

L'impact réel sur ma vie sociale

D'après le NCOA, près de

75%

des personnes concernées déclarent une baisse de confiance en elles

👥 Les évitements qui deviennent une habitude

Sans même m'en rendre compte, j'ai commencé à modifier mon comportement :

  • Les photos : "Non non, prends-moi pas, je suis pas photogénique." En vrai ? J'avais juste peur de voir mes cheveux sur les photos de groupe.
  • Les rendez-vous : Premier date en terrasse avec du vent ? Anxiété maximale. Piscine ou plage avec des potes ? "Désolé, j'ai un truc ce week-end."
  • Les casquettes : Ma nouvelle identité. Au resto, au ciné, même parfois au boulot. "C'est mon style" que je disais. Mon style de me cacher, surtout.
  • L'éclairage : Je choisissais ma place au resto en fonction de la lumière. Jamais sous un spot direct, toujours dans les zones d'ombre.

L'impact sur ma vie amoureuse :

"Je me souviens d'un date où la fille a voulu me retirer ma casquette en rigolant. J'ai réagi comme si elle m'arrachait un masque. L'ambiance est devenue bizarre instantanément. On ne s'est jamais revus. Ce n'était pas la calvitie le problème, c'était mon incapacité à l'assumer."

Les stratégies de camouflage : le quotidien d'un expert

🎨 Devenir un pro du camouflage capillaire

Entre 26 et 29 ans, j'ai développé une véritable expertise :

  • La coupe "stratégique" : Plus court sur les côtés, un peu de volume sur le dessus. "Dégradé américain" qu'ils appellent ça. En vrai, c'était juste pour que ça se voie moins.
  • Les poudres densifiantes : Ces produits magiques qui créent l'illusion d'avoir plus de cheveux. Efficace... jusqu'à ce qu'il pleuve.
  • L'art du positionnement : Toujours dos à la fenêtre. Toujours dans l'ombre en photo. Toujours en mouvement pour qu'on ne regarde pas trop longtemps.
  • Le shampoing "volume" : J'ai dû en essayer 20 différents. Comme si le bon shampoing allait miraculeusement ramener mes cheveux.

La vérité ? Plus je me cachais, plus j'y pensais. Plus j'y pensais, plus je me sentais mal. C'était devenu un cercle vicieux dont je ne savais pas comment sortir.

Le déclic : quand le masque devient plus lourd que le problème

Le moment où tout a basculé

C'était en juillet 2021. Un pote se marie, grosse chaleur, et je garde ma casquette pendant toute la cérémonie. Ma mère m'a pris à part : "Fabien, retire cette casquette, c'est irrespectueux." Je lui ai répondu : "Je peux pas." Elle a compris tout de suite.

Ce soir-là, j'ai réalisé que je n'étais plus moi-même. La calvitie ne me définissait pas, mais ma peur de la calvitie, elle, était en train de me bouffer de l'intérieur.

🔓 Accepter n'est pas abandonner

J'ai cru longtemps qu'accepter ma calvitie, c'était abandonner. Genre : "OK, je deviens chauve, tant pis." Mais en vrai, accepter, c'est juste arrêter de se battre contre soi-même.

Ça ne veut pas dire ne rien faire. Ça veut dire arrêter de paniquer, arrêter de se cacher, et commencer à chercher des vraies solutions sans honte ni désespoir.

Retrouver confiance : le chemin que j'ai suivi

🛤️ Les étapes qui m'ont aidé (vraiment)

  • Parler du sujet ouvertement : J'en ai d'abord parlé à un pote proche. Sa réaction ? "Ah ouais, j'avais remarqué, mais j'osais pas te le dire." Pas de jugement, juste de l'empathie. Ça m'a libéré d'un poids énorme.
  • Arrêter les comparaisons : Instagram, les pubs, les films... tout le monde a des cheveux parfaits. Mais la vraie vie, c'est pas ça. J'ai arrêté de me comparer aux autres et j'ai commencé à me concentrer sur MOI.
  • M'informer sérieusement : Au lieu de paniquer, j'ai lu des études, consulté des spécialistes, compris les mécanismes. La connaissance, ça rassure. Ça donne du contrôle.
  • Agir intelligemment : J'ai essayé la greffe (raté), puis j'ai trouvé la micro-infusion. Mais même avant les résultats, le simple fait d'AGIR m'a redonné confiance.
  • Travailler sur le reste : Sport, alimentation, sommeil, gestion du stress. Tout est lié. Un corps sain, c'est aussi un esprit plus serein.

💪 Ce que j'ai appris sur moi

La calvitie m'a forcé à affronter ma vulnérabilité. Et bizarrement, ça m'a rendu plus fort. Pas physiquement (mes cheveux repoussent, mais doucement), mais mentalement.

J'ai appris que ma valeur ne dépend pas de ma tignasse. Que je peux être attirant, charismatique, intéressant, même avec moins de cheveux. Que les gens qui comptent vraiment s'en foutent.

Ma plus grande leçon :

"La calvitie, c'est pas une bataille à gagner contre la génétique. C'est une bataille à gagner contre la peur du jugement des autres. Et cette bataille-là, elle se gagne dans la tête avant de se gagner sur le crâne."

Mes conseils pour ceux qui traversent la même chose

🗣️ Ce que j'aurais aimé qu'on me dise à 25 ans

  • C'est OK de ne pas être OK : Oui, c'est dur. Non, t'es pas ridicule de ressentir ça. Accueille tes émotions au lieu de les refouler.
  • Parle-en : À un ami, à ta famille, à un psy si besoin. Garder ça pour soi, ça amplifie le problème.
  • Informe-toi (vraiment) : Pas sur les forums douteux, mais auprès de sources fiables. Comprendre, c'est déjà apaiser.
  • Agis à ton rythme : Greffe, traitement, micro-infusion, rasage complet... il n'y a pas UNE solution. Trouve celle qui te correspond.
  • Travaille sur ton estime globale : Cultive d'autres aspects de ta personnalité, développe tes passions, prends soin de ton corps.
  • Entoure-toi bien : Les gens qui te jugent sur tes cheveux ne méritent pas ta présence. Point final.

Ce que j'aimerais que tu retiennes

La calvitie ne définit pas qui tu es. Ta peur de la calvitie non plus. Tu es tellement plus que ça. Et même si le chemin est difficile, je te promets qu'il y a une sortie. Que ce soit par les traitements, l'acceptation, ou un mix des deux. La paix d'esprit, elle existe. Je l'ai trouvée. Tu la trouveras aussi.

📚 Sources

  • National Council on Aging — Psychological Impact of Hair Loss (ncoa.org)
  • American Psychological Association — Body Image and Self-Esteem
  • Harvard Health Publishing — Hair Loss: A to Z